mercredi 26 août 2015

Les étapes de créations

Plusieurs d'entre vous mon demandé quelle technique j'utilisais pour mes bustes. C'est du raku mais du "faux raku" qui occasionne moins de casse! Voici les étapes de créations:

Étape 1: la forme de base.


Pour qu'il y ait une unité dans mes bustes, je pars toujours de la même forme de base que je modifie par la suite selon l'animal à faire. Pour cela j'ai fait un moule. Après avoir abaissé deux plaques de terre, j'en tapisse chaque partie.


Les deux parties du moule sont assemblées et les plaques de terre sont bien renforcées aux jointures de l'intérieur.


Une fois démoulé, je travaille les jointures extérieures. Cette étape est importante et ne doit surtout pas être bâclée, car chaque fois que j'ai eu de la casse à la cuisson c'était au niveau des jointures. 




Étape 2: je sculpte.








Je façonne la pièce en elle-même, photos de l'animal à l'appui, avec une terre finement chamottée (10%). J'obtiens un buste en terre crue.







Étape 3: La pièce est vidée.


Cette étape est primordiale et décisive. La pièce doit être creuse et d'épaisseur égale pour éviter toutes bulles d'air et tensions qui pourraient provoquer de la casse durant la première cuisson.


Jusqu'au 41ème buste, cette étape était absolument impossible à assumer pour moi! Je n'arrivais même pas à regarder! C'est Karel qui s'en chargeait. Le fait est que, dès que mes bustes ont des yeux, ils deviennent vivants, ils ont une personnalité, je m'y attache, je leur parle. Les décapiter me donnait l'impression d'une torture, que dis-je, d'un infanticide! C'est con, mais je n'y arrivais pas...
Maintenant si! 



Je vois cette opération différemment. En coupant la pièce, on découvre toutes les cicatrices, témoins de sa venue au monde, de son évolution. Les épaisseurs diverses montrent les ajouts et repentirs, racontent son histoire. 


Moi, je vide, égalise, cicatrise, lisse, adoucis. Sinon? Elle se brise lors de la première cuisson qui doit la rendre forte. Après cela, sa tête est libérée, elle a toute la place pour la remplir de belles choses....


Et ce qui est magique, c'est que les crottes de terre récupérées, sont mises dans un sac plastique et humidifiées et redeviennent argile pour une prochaine pièce. Recycler, recréer à partir des "croûtes"...
Très psychanalytique tout ça! 
Une fois les parties à nouveau assemblées et le buste ayant retrouvé figure "animale", ...


... je passe au lissage à l'aide d'une peau de chamois mouillée et d'un fin pinceau pour les parties comme les poils, les yeux, les plis, etc.

Étape 4: sèchage et biscuitage.



Les bustes, après avoir séché deux bonnes semaines, sont biscuités (cuits) au four, à 900°. On programme le four pour que la température monte tout, tout doucement.

 

Les pièces deviennent blanches (puisque j'utilise de la terre blanche. Il existe aussi de la terre rouge, noire, brune...) et beaucoup plus solide. Ce sont à présent des pièces en céramique.



Étape 5: pose du latex


Je délimite au crayon les parties qui doivent rester noires. Le latex est posé au pinceau sur ces parties. 



Les parties ainsi "protégées" par le latex, ne seront pas recouvertes par l'émail. Parfois, le travail au latex peut être très complexe comme pour les rayures d'un tigre, par exemple. Si l'animal n'a que deux couleur (noir-blanc), ça s'arrête là. 
Si je veux ajouter de la couleur, il y  l'étape de l'engobe.


Étape 6: les jus d'oxydes.

On pourrait comparer les jus d'oxydes à des pigments ou des minéraux mélangés à de l'eau. Comme la terre est poreuse, l'eau est absorbée et les pigments se posent à la surface de la pièce. J'applique ce jus au pinceau ou avec une petite éponge.






Étape 7: l'émail.

L'émaillage est fait soit en plongeant la pièce dans un bain d'émail transparent, soit en l'appliquant au pinceau. 



L'épaisseur de l'émail dépend du temps de trempage (en secondes) et du nombre de couches appliquées au pinceau. Parce que la terre cuite à 900°  est encore poreuse, l'émail est absorbé et adhère ainsi à la surface. Une couche crayeuse blanche et fragile se forme.


S'il y a eu des parties protégées par du latex (ce qui n'est pas toujours le cas), il faut maintenant retirer le latex.



Une fois le latex retiré, il faut fignoler... enlever les petites pétouilles d'émail restées sur les zones vierges, lisser avec le doigt les coulées, etc


Voilà, tout beau!




Étape 8: la deuxième cuisson.

Les pièces sont alors cuites une deuxième fois avec cet émail craquelé basse température "effet raku" à 925°. La température grimpe trèèèèès  lentement, stationne et redescend doucement. 
L'émail s'est "vitrifié" et est devenu brillant. S'il n'y a pas de couleurs en dessous, l'émail apparaît couleur crème puisque le raku est transparent et la terre blanche.




S'il y a des zones qui ont été peinte au jus d'oxyde, les couleurs se voient par transparence. 




(quand je parlais de travail au latex plus complexe...)





Les zones qui ont été émaillées ressortent brillantes et contrastent avec les zones non-émaillées qui restent mates.

On voit bien déjà les craquelures de l'émail que la cuisson a révélées mais que l'enfumage va magnifier.
  

Je n'utilise pas que de l'émail raku transparent. Il existe plusieurs teintes: jaune, vert, bleu turquoise, orange, rouge... J'utilise surtout l'orange. Le principe est le même.




Etape 9: l'enfumage.


On pose la pièce dans dans un chaudron métallique puis on l'entoure de morceau de bois de cagettes (genre fruits et légumes) qui brûlent rapidement. 


Karel allume le feu.



 C'est un moment que j'adore, je ne m'en lasse pas. C'est tellement beau ces flammes qui lèchent la pièce, l'entourent, la noircissent petit à petit!






C'est une étape rapide (un dizaine de minutes à peine) qui demande une grande concentration. Pas assez enfumées, les craquelures ne se voient guère et les zones non-émaillées ne sont pas assez noires, le contraste en est atténué. Trop enfumées, les zones émaillées sont trop sombres et les craquelures bouchées . Je n'aime pas faire plus de deux ou trois pièces par séance.


Les flammes retombent, le petit bois est consumé et avec des gants spéciaux ignifugés je retire le buste. Un mouvement de quelques secondes!



 Le buste est dès lors "enfumé" et noir.





Etape 10: le ponçage.


Le travail de nettoyage commence. Une fois la pièce refroidie, je nettoie la suie sur les parties émaillées. J'utilise pour cela une éponge et une brosse à dent en limaille de fer.





 Les zones émaillées réapparaissent. La pièce commence alors vraiment à se révéler.


Pour certaines parties plus précises, les yeux, les petits creux, recoins etc., j'utilise un Dremel.



Etape finale: la naissance!

Quand tout me semble bien nettoyé, vient le moment que je préfère, celui que j'attends.  


Je donne un bain à mes bustes pour les débarrasser des dernières impuretés et de tous les restes du grattage. C'est une véritable naissance. L'animal prend vie, il est l'aboutissement final de toutes ces heures de travail et de patience, il a survécu à tous les accidents possibles sur sa route, il est là!



Et voilà! Émotion!